Critique du film "Sailor et Lula" (Wild at Heart) de David Lynch

Il y a des films qui vous font réellement quelque chose. Et ce quelque chose, je l’ai trouvé dans Sailor et Lula (Wild at Heart).

Grand gagnant de la palme d’or en 1990, David Lynch a peut-être marqué une assemblée de critiques mais, pour moi, il a pulvérisé une de mes soirées pré-boulot du lundi soir à son apothéose. Transformant à jamais mon idée du traitement de l’image au cinéma. Rien que ça !

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Très friande de films d’ambiance, ce Roméo et Juliette revisité à la sauce sucré-salé, m’a littéralement scotché. Et si l’histoire en soi est aussi inutile que simplette, le visuel, l’auditif et la sensation que Sailor et Lula m’a procuré était inattendu. Inespéré. Captivant.

Sailor et Lula, c’est un couple aussi vulgaire qu’emblématique. Des Bonnie & Clyde aussi crado que géniaux.

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Elle, Lula (Laura Dern), elle mâche du chewing-gum non stop, porte des tops en cuir noir, le tout sublimé par du vernis et rouge à lèvres rouge. Elle rêve et est obsédée par une sorcière sur un balais. – Olé !

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Lui, Sailor (Nicolas Cage dans un de ses meilleurs rôles) il porte une veste en peau de serpent en signe de sa personnalité, fume comme un pompier, sort des "ma chérie", "mon chou" à toutes les sauces, chante Elvis Presley à sa groupie pour la faire transpirer – C’est une idée.

Tout se passe bien jusqu’à ce que la mère psychopathe de Lula décide que cet union doit s’arrêter.
Sailor finit alors en prison pour avoir défendu sa belle en fracassant – littéralement – la tête d’un mec contre le sol. On retiendra la marre de sang rouge très 90′s, j’adore.

Lorsqu’il sort, Lula vient le chercher afin qu’ils puissent s’enfuir. La mère décide d’envoyer son amant et un vieil ami gangster a leur poursuite. Un road trip pervers sonne l’ambiance du film.

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Le début du film plonge directement le spectateur dans le noir et le saoule d’une violence presque plaisante. David Lynch provoque en nous une montée d’adrénaline suivie directement d’endorphine, l’opium le plus puissant du film. Un malaise où l’on se plait à vivre.

Plongé dans un univers aussi fantasque qu’hystérique, les personnages évoluent au grès des villes qu’ils parcourent et des personnages maléfiques qu’ils rencontrent. Ouai, genre Disney on Ice. Ou "On the Rock", vu le côté rock’n roll du film.

Le tout perfectionné par des dialogues devenu cultes d’un genre cinématographique, raisonnant sur une bande son puissante et symbolique de chaque scène. Osmose complète avec ma tête. 

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Si, à certains moments, on voudrait mettre le film sur pause pour respirer et réfléchir, la scène suivante nous pousse dans un état de transe presque insupportable tant le rythme est oppressant. L’ambiance sexuelle en devient sado masochiste. L’action est de plus en plus violente. On nage en plein délire d’images.

Ma passion pour le kitsch est illustrée magistralement dans Sailor et Lula, les références au "Magicien d’Oz" semble impossible à effacer de mon esprit autant que de celui des protagonistes. Prétendant presqu’à un conte de fée, les deux héros ressemblent autant à des rebelles qu’à de jeunes enfants blessés par leur passé. Leur romance est d’une froideur aussi piquante qu’un spleen. Irréaliste et pourtant enviable. Utopie. 

Et si l’on croit fermement à un dénouement catastrophique, il n’en est rien. On vogue lentement vers l’optimisme. La route de pavés d’or s’achève. Chacun peut rentrer chez soi. Heureux d’avoir survécu à cet enfer … Magistral !

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Si je devais dire un seul mot à David Lynch à propos de son film, je répondrais avec les mots de Lula : " Baby, You got me hotter than Georgia asphalt. " Ou autrement dit : I’m f**cked up, je ne peux pas dormir avant d’avoir revu ce film.